La mort fait partie de la vie


Notre naissance est un événement en principe heureux, et vécu comme tel. Elle a le pouvoir de tous nous réunir, si ce n’est en présence, c’est du moins en nous reliant les uns aux autres dans l’annonce de cette nouvelle.



Cette venue dans le monde est pourtant le premier deuil que nous ayons à vivre, celui d’être expulsé du cocon dans lequel nous nous étions installés, en théorie, pendant 9 mois, et qui nous reliait comme un petit astronaute à son Lem (l’Aime).

La coupure du cordon ombilical en est, sans conteste, la scission.


La vie n’est qu’une continuité de devenirs. L’évolution de chacun d’entre nous sera bien évidemment différente, selon nos propres histoires, nos propres vécus, nos héritages (histoires de vie de nos aïeux dont nous héritons).


Notre mémoire va peu à peu enfouir nos premières expériences du « mourir ».


La société se chargera également de nous « classer » par tranches d’âges, par catégories sociales, professionnelles et économiques. Elle nous modèlera à son image pour nous faire « progresser ».


Selon Philippe Ariès, il existe une relation « entre l’attitude devant la mort et la conscience de soi, de son degré d’être, plus simplement de son individualité ». Il observe « la persistance pendant des millénaires d’une attitude presque inchangée devant la mort, qui traduisait une résignation naïve et spontanée au destin et à la nature ».


Au cours du XXe siècle, dans les régions les plus industrialisées, « un type absolument nouveau de mourir est apparu », c’est la mort inversée : « la société a expulsé la mort, sauf celle des hommes d’Etat. » La mort n’est plus un fait culturel qui structure la communauté. Cette relégation de la mort est à mettre en lien avec la médicalisation de la société.


La mort est aujourd’hui si effacée de nos mœurs que nous avons peine à l’imaginer et à la comprendre : nous n’osons même plus dire son nom. Elle est devenue sauvage alors qu’auparavant mourir ne paraissait pas comme quelque chose d’extraordinaire.


Ariès l’appelle « la mort apprivoisée » parce qu’elle finit quand la proximité entre mort et vivant n’est plus toléré (et serait considérée comme une transgression qui arrache l’homme à sa vie quotidienne, à sa société raisonnable, à son travail monotone, pour le soumettre à un paroxysme et le jeter alors dans un monde irrationnel, violent et cruel).


La mort est aujourd’hui une rupture, alors que dans le passé elle était si présente autour de l’homme qu’elle faisait en quelque sorte partie de la vie.


Nous nous retrouvons donc bel et bien dans une société du déni de la mort.


De même que chaque individu, tout au long de sa vie, va s’enrichir en se cultivant, de même, il a le devoir de parler de la mort avec ceux qui lui sont chers.


Notre société a aujourd​​’hui à relever un véritable défi, celui de réapprendre ensemble à accompagner la fin de vie, la mort, et le deuil qui suivra. Une société trop lisse, où tout va bien dans le meilleur des mondes, est une société qui s’appauvrit.


Nous ne sommes pas éternels, profitons donc de notre passage sur cette terre pour dire aussi à ceux que nous aimons que nous ne sommes pas immortels, que la vie n’est pas forcément un conte de fées, qu’on y meurt aussi, parfois très jeune, ou fauché dans la pleine jeunesse ; ou encore qu’une maman ou un papa peuvent aussi mourir avant leurs enfants.


Elisabeth Kübler-Ross disait chaque matin avant de commencer sa journée qu’elle allait la vivre comme si celle-ci était sa dernière. Belle leçon de vie, n’est-ce pas ?


Pour conclure, j’ai envie de vous dire que si la naissance a le pouvoir de nous réunir, il en va de même pour la mort. La boucle est donc bouclée, ou peut-être pas… Mais la mort fait bien partie de la vie.


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